Il y a trois moments dans cette œuvre : la présentation d’un matériau motivique ténu, mais en phases éparses, mis à plat, simples cailloux juxtaposés pour guider notre écoute à venir ; puis un développement, l’emphase, lors duquel ces motifs conquièrent progressivement tout l’ambitus des instruments ; enfin, l’épure simplification de ce développement, son resserrement, son érosion, qui ne retourne pas aux motifs initiaux mais à leur état affiné.
A cette sobriété formelle, répond le dépouillement instrumental. Formation inattendue seulement composée d’instruments à résonances non entretenues : marimba, cymbalum, harpe, piano et un synthétiseur au timbre de clavicorde qui n’apparaît qu’une fois, comme une variation sur le coloris du piano. Corps frappés ou pincés dont les timbres s’évanouissent aussitôt, et qui concourent à donner cette impression de volubile légèreté qui sert parfaitement le propos formel de Jean-Marc Singier. Car ces couleurs instrumentales en camaïeu, proches mais typées, frottent plus qu’elles ne mêlent leurs harmoniques, que le cymbalum frémit à l’unisson du piano ou de la harpe, conférant une teinte diaprée à l’ensemble et assurant la lisibilité du détail.
[…]
Et qu’il ait su composer carte sur table, exprimant avec limpidité dès le titre et l’introduction ce que seront la forme et le contenu de son œuvre montre assez que la modernité de Singier n’est pas de celles qui font illusions en recourant aux lieux communs de l’avant-garde.
Marc Texier, in « entretemps »
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